120.000 morts : autant que le Tsunami
Kajendran, 38 ans : « Le peuple tamoul subit, au Sri Lanka, un véritable génocide. La communauté internationale a choisi de l’ignorer. Pourtant, 120.000 morts depuis le début du conflit, c’est presque autant que le Tsunami. Que faut-il faire pour qu’on entende enfin notre appel ? ».
Massacre de civils au phosphore dans l’indifférence générale
Le but de cette foule rassemblée au Trocadéro : obtenir un cessez-le-feu au Sri-Lanka. Et ce d’autant plus rapidement que, depuis quelques semaines, la situation dégénère gravement. Comme l’explique Karikalan, 21 ans : « En seulement une semaine, ce sont plus de 4.000 civils qui ont été tués. Par des armes chimiques. Par des bombes au phosphore. Par des bombes à fragmentation. Toutes des armes totalement proscrites par la Convention de Genève. C’est un carnage incroyable et le monde entier s’en fout. Alors nous sommes réunis là, tous ensemble, dans le pays des Droits de l’Homme, sur l’Esplanade des Droits de l’Homme. Il y a bien un homme politique ou un média qui finira par s’intéresser à nous ! »
Glisser vers le silence pour qu’on nous entende
Pour parvenir à attirer enfin cette attention, quatre jeunes gens (Selvakumar Alfred, Ananthakumarasamy Raviraj, Shanmugarajah Naraveethan et Vikneswaranan Varunan) sont particulièrement décidés. Ils ont entamé mercredi dernier, le 8 avril, une grève totale de la faim. «C’est le seul moyen que nous avons trouvé. Glisser vers le silence pour qu’on nous entende. C’est peut-être idiot, mais nous ne pouvons plus supporter ce silence du monde entier quand les cris des viols, des enfants et des nourrissons emplissent la région tamoule.»
Rama Yade : « Je sais, mais je ne peux rien pour vous »
De fait, le silence des politiques paraît assez assourdissant. Selva, 24 ans : « C’est simple. On est allé à I-télé hier. Et Rama Yade en sortait. Elle a accepté de nous écouter quelques minutes. Pour finalement nous lâcher : je connais très bien votre problème et la situation là-bas. Mais je ne peux rien faire pour vous. Incroyable, non ? »
De la grève de la faim à la grève des restos
Ne sachant plus quoi faire pour se faire entendre, à la recherche désespérée du moindre petit soutien d’élu, du moindre petit report médiatique, certains envisagent déjà des solutions plus radicales et Karikalan, 21 ans, lâche « Oh, c’est pas compliqué, on va passer de la grève de la faim à la grève des restos. Nous assurons 50 % de l’activité des cuisines de restaurants à Paris. On va faire une grève du zèle. Trente minutes pour faire un plat au lieu de trois. Et là, croyez-moi, tout d’un coup, on va vite parler de nous !... »
Définition d’un génocide
L’article 2 de la Convention sur la Prévention et la Répression du Crime de Génocide, rédigée en 1948 définit le génocide comme :
« Tout acte commis avec l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme : le meurtre de membres du groupe, l’atteinte à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe, la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence visant à entraîner sa destruction physique totale ou partielle, l’imposition de mesures visant à empêcher les naissances au sein du groupe,… le transfert forcé d’enfants du groupe dans un autre groupe. »
Bref rappel historique
Le Sri Lanka est une île située dans l’océan Indien, à 50 km de l'Inde, les deux pays étant séparés par le détroit de Palk, mais quasiment reliés par le pont d'Adam. Sa superficie est de 65 610 km2 et sa population s’élève à plus de 20,4 millions d'habitants.
Deux ethnies différentes y vivent depuis de nombreux siècles : les tamouls et les cinghalais.
Les principales villes sont Colombo (capitale économique, 690 000 habitants en 2003), Kandy et Galle. Les villes autour de Colombo sont Dehiwela-Mt Lavinia (196 000 hab.), Moratuwa (170 000 hab.). La ville la plus septentrionale du pays, Jaffna (129 000 hab.) est aujourd’hui dans la zone contestée entre les militants tamouls et le gouvernement. La capitale politique est Sri Jayawardenapura (Kotte), située à 15 km nord-est de Colombo.
Après le départ des dernières colonies anglaises, le gouvernement est donné aux cinghalais, légèrement majoritaire. Au fil des années, le gouvernement cinghalais applique une politique discriminatoire sur le peuple tamoul. Puis s'en suivent les massacres et les bombardements.
En 1977, est né un mouvement appelé les Tigres de la Libération de l'Eelam Tamoul. Ce mouvement est né afin de protéger la population tamoule, des massacres, des viols, des tortures infligées par le gouvernement cinghalais.
Cette guerre qui dure depuis 37 ans maintenant a fait plus de 120 000 morts et a provoqué un exode massif de la population à travers le monde.
Au long de ces années les tigres se sont développés, se sont organisés et ont remporté des victoires retentissantes qui ont déstabilisé le gouvernement cinghalais et ont permis d'ouvrir des négociations avec l'aide de la Norvège pour aboutir à une trêve entre 2002 et 2006.
En 2005, à l'arrivée du nouveau président, les massacres ont recommencé mais les tigres n'ont pas riposté et on tenté d'alerter la communauté internationale qui n'a pris aucune mesure visant à arrêter cette guerre.
Depuis janvier 2009, après avoir abrogé de manière unilatérale le cessez-le feu signé sous la médiation norvégienne, une guerre génocidaire a été délibérément lancée dans la région densément peuplée du Vanni par le président Sri Lankais cinghalais.
La communauté tamoule de France.
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